Le régulateur australien eSafety vient de publier son examen des mesures utilisées par Minecraft pour protéger les joueurs en ligne. Le rapport met notamment en avant les limites de l’âge simplement déclaré par l’utilisateur, l’accès aux serveurs tiers non modérés directement par Mojang et des délais de traitement des signalements plus longs que chez plusieurs autres plateformes étudiées.

Minecraft n’est pas le seul service concerné : Roblox, Fortnite, Steam et Steam Chat ont également dû détailler leurs dispositifs de sécurité. L’objectif d’eSafety est de comparer la manière dont ces plateformes préviennent et traitent notamment l’exploitation sexuelle des mineurs, les contenus violents, le cyberharcèlement et la haine en ligne.

En bref

  • 🎂 Minecraft repose en partie sur l’âge déclaré par l’utilisateur lors de la création du compte.
  • 🌐 Les joueurs se déclarant majeurs peuvent accéder à des serveurs tiers qui ne sont pas modérés de manière proactive par Mojang.
  • ⏱️ eSafety relève chez Mojang des délais médians plus longs pour traiter certains signalements envoyés par les utilisateurs.
  • 🛡️ Mojang utilise néanmoins des filtres automatisés, des signalements, des modérateurs humains et plusieurs systèmes de coopération avec l’industrie.
Rapport eSafety 2026 consacré à la sécurité de Minecraft et des plateformes de jeux en ligne
Le rapport d’eSafety compare les dispositifs de sécurité de Minecraft, Roblox, Fortnite, Steam et Steam Chat. Image : eSafety Commissioner

Le document complet, intitulé Playing it safe: how online game services are – or are not – keeping kids safe online, peut être consulté directement au format PDF sur le site d’eSafety.

Pourquoi Minecraft a été examiné par eSafety

L’enquête remonte au 1er avril 2026. L’eSafety Commissioner, l’autorité australienne chargée de la sécurité en ligne, a alors adressé des demandes d’informations juridiquement contraignantes à Mojang, Roblox, Epic Games et Valve.

Ces entreprises devaient détailler la manière dont leurs services respectent les exigences australiennes en matière de sécurité en ligne et, plus particulièrement, les mesures destinées à protéger les enfants contre l’exploitation sexuelle, les contenus violents, le cyberharcèlement et la haine en ligne.

Le choix de Minecraft s’explique notamment par son importante communauté de jeunes joueurs et par la diversité de son multijoueur. Une partie peut se dérouler seul, entre proches sur un Realm, sur un serveur partenaire ou sur l’un des nombreux serveurs Minecraft exploités par des tiers. Ces environnements ne sont pas tous contrôlés de la même manière.

La publication de ce rapport ne signifie pas qu’eSafety considère Minecraft comme dépourvu de mesures de sécurité. Le régulateur précise lui-même que le fait d’avoir envoyé une demande d’informations à une entreprise ne signifie pas nécessairement que ses pratiques sont jugées insuffisantes.

L’âge déclaré constitue l’un des principaux points soulevés

Contrôles parentaux et sécurité des comptes enfants dans Minecraft
Minecraft utilise les comptes Microsoft et Xbox pour gérer une partie des restrictions liées aux comptes enfants. Image : Mojang Studios

Le constat le plus important concerne la vérification de l’âge. Selon eSafety, Mojang s’appuie sur l’âge que l’utilisateur déclare lui-même lors de son inscription. Le régulateur considère que ce système limite la capacité de la plateforme à appliquer automatiquement les protections adaptées à l’âge réel du joueur.

Un utilisateur qui se déclare âgé de 18 ans ou plus peut notamment accéder à certaines fonctionnalités considérées comme plus sensibles, dont des serveurs Minecraft hébergés par des tiers et qui ne bénéficient pas d’une modération proactive directe de Mojang.

Cela ne signifie pas que Minecraft ne distingue pas les comptes enfants des autres comptes. Mojang utilise les paramètres de confidentialité de Microsoft et Xbox : le multijoueur, les communications, les amis et d’autres fonctions peuvent être limités pour un compte enfant et nécessiter l’intervention d’un parent.

Nous détaillons ces réglages dans notre guide Minecraft destiné aux parents, avec les principales différences entre jeu solo, Realms et serveurs publics.

Les serveurs tiers sont plus difficiles à superviser

Menu des serveurs multijoueurs dans Minecraft Bedrock Edition
Minecraft propose plusieurs formes de multijoueur, dont des Realms et des serveurs exploités par des tiers. Image : Mojang Studios

L’écosystème très ouvert de Minecraft constitue une autre difficulté. Mojang ne gère pas directement tous les serveurs que peuvent rejoindre les joueurs, en particulier sur Java Edition.

eSafety indique que Mojang s’appuie sur des analyses proactives et les signalements des utilisateurs pour identifier les serveurs tiers susceptibles d’héberger des contenus ou activités à haut risque. Ces serveurs ne sont toutefois pas surveillés en permanence par les systèmes de modération de Minecraft.

La situation est différente sur les Realms et les serveurs partenaires de Bedrock. Mojang indique y utiliser un filtrage automatisé du texte afin de détecter certains contenus problématiques, avec la possibilité de transmettre les cas identifiés à des équipes humaines.

Sur Java Edition, les joueurs disposent aussi d’un système permettant de signaler directement des messages ou comportements observés en multijoueur. Mojang peut alors examiner le signalement et sanctionner un compte lorsque les faits enfreignent les règles de la communauté.

Des délais de traitement également relevés par eSafety

Le rapport ne s’arrête pas aux outils disponibles. eSafety a également comparé la manière dont les entreprises répondent aux signalements reçus.

Sur ce point, le régulateur indique que Mojang présentait en moyenne des délais médians plus longs pour répondre aux signalements d’activités ou de contenus nuisibles et illégaux envoyés par les utilisateurs que les autres fournisseurs examinés.

eSafety estime également que Mojang dispose d’un nombre limité de modérateurs humains, même en tenant compte du soutien apporté par les équipes de sécurité de Microsoft et Xbox. Les modérateurs directement mentionnés par Mojang ne travaillaient par ailleurs dans aucune langue couramment parlée en Australie autre que l’anglais pendant la période étudiée.

Le rapport ne fournit toutefois pas un délai unique applicable à tous les signalements Minecraft. Il serait donc trompeur d’en déduire qu’un signalement donné attend systématiquement un nombre précis d’heures avant d’être examiné.

Mojang dispose aussi de plusieurs protections

Logo de Mojang Studios, développeur de Minecraft

Les conclusions d’eSafety ne présentent pas Minecraft comme une plateforme dépourvue de modération. Le rapport souligne également plusieurs dispositifs déjà utilisés par Mojang.

L’entreprise combine notamment analyse automatisée, signalements des joueurs et intervention humaine. Pour certains systèmes d’analyse du langage, Mojang utilise également des listes externes de mots-clés liés aux contenus violents.

Le studio utilise plusieurs indicateurs pour repérer des utilisateurs qui tenteraient de recréer un compte après une suspension liée à des infractions graves. Il participe également à différentes initiatives de partage d’informations entre entreprises, dont Lantern et le Global Internet Forum to Counter Terrorism.

Mojang rappelle de son côté que les joueurs peuvent masquer, bloquer et signaler d’autres utilisateurs et que les comptes Microsoft permettent aux parents de contrôler l’accès au multijoueur et aux communications.

Un sujet particulièrement important pour les jeunes joueurs

eSafety explique avoir sélectionné ces plateformes notamment en raison de leur popularité auprès des enfants et des adolescents australiens. Ses précédentes recherches montrent que 89 % des jeunes de 8 à 17 ans interrogés avaient joué en ligne au cours de l’année et que 40 % avaient déjà joué avec des personnes qu’ils ne connaissaient pas dans la vie réelle.

Le régulateur ne présente pas pour autant le jeu en ligne comme une activité uniquement risquée. Il rappelle également ses bénéfices sociaux et récréatifs. La question porte surtout sur les protections disponibles lorsqu’un jeune joueur entre en contact avec des inconnus ou accède à des espaces qui échappent en partie à la modération directe de la plateforme.

Cette distinction est importante dans Minecraft : jouer seul, dans un Realm réservé à quelques proches ou sur un serveur public réunissant des inconnus ne présente pas les mêmes interactions.

Pas de sanction annoncée contre Mojang

La publication du rapport ne s’accompagne d’aucune sanction annoncée contre Mojang. L’objectif de cette procédure est avant tout d’obtenir davantage de transparence sur les systèmes de sécurité utilisés par les grandes plateformes et d’identifier les pratiques qui pourraient être renforcées.

Pour Minecraft, les principaux sujets mis en évidence concernent donc la fiabilité de l’âge déclaré, l’accès aux serveurs tiers, la couverture de la modération et le délai de traitement de certains signalements.

Reste maintenant à voir si Mojang modifiera certains de ces dispositifs. Le rapport d’eSafety décrit la situation observée pendant la période étudiée, mais n’annonce pour l’instant aucun changement précis concernant les comptes Minecraft ou l’accès au multijoueur.

Le rapport ne conclut donc pas que Minecraft est dépourvu de protections. Il met plutôt en évidence les limites d’un système qui doit à la fois encadrer les comptes enfants et composer avec un vaste réseau de serveurs communautaires qui ne sont pas directement exploités par Mojang.