mercredi , 20 septembre 2017
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[Dossier] La chronique du builder #6 : Killerack

[Dossier] La chronique du builder #6 : Killerack
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La communauté de construction Minecraft est à l’origine de projets titanesques, menés par des individus seuls ou par des équipes de dizaines de personnes. Pour briller lors d’un concours, ou en partenariat avec des institutions publiques. Bref, elle est faite de joueurs et collectifs qui sont le moteur d’un progrès permanent, tant dans les techniques de build que dans les styles. Cette diversité est donc incarnée par tout autant d’acteurs, qui se distinguent chacun par leur parcours, leur style, ou leur équipe. La chronique du builder a pour objectif de mettre avant ces joueurs. Régulièrement, cette série d’articles en co-écriture avec Skrill publiera des portraits de builders, ainsi que leur interview et quelques-unes de leurs créations les plus emblématiques.


Aujourd’hui, dans la chronique du builder, nous vous présentons Killerack, terraformeur réaliste membre de la DeepAcademy et de BlockWorks. Aussi prolifique que talentueux, Killerack s’est distingué à travers de nombreux projets solo, dans lesquels il développe une vision exigeante du réalisme dans le terraforming : là où beaucoup de ses confrères se permettent des libertés inhérentes au style fantastique, Killerack s’efforce autant que possible de rester proche du réel, à tel point que ses créations, bien que n’étant généralement pas inspirées d’un lieu en particulier, donnent l’impression d’être de vrais clichés de paysages existants. Après avoir fait partie de plusieurs teams françaises, dont la NewHeaven, il rejoint la prestigieuse team BlockWorks, puis la DeepAcademy.

Créations de Killerack

Killerack

Rendu de Nati

Killerack Killerack Killerack Killerack Killerack

Rendu de Splekh

Interview

Skrill : bonjour Killerack, merci d’avoir accepté notre interview. Tu es très polyvalent, t’essayant aussi bien au terraforming qu’au build ou au voxel. Maintenant, tu sembles t’orienter vers du terraforming réaliste. Est-ce ce que tu préfères ?


KillerackKillerack : oui oui, j’ai une vraie préférence pour le réalisme. Ça me semble plus vrai, en fait. Et d’une façon plus générale, je suis beaucoup plus attiré par le terraforming que par le build.


Skrill : est-ce que tu vois Minecraft comme un outil permettant de te propulser plus loin ?


KillerackKillerack : c’est déjà le cas, puisque mon portfolio Minecraft m’a permis d’obtenir mon école. Vu que mes études sont dans ce domaine, je vais m’orienter vers Unity et les jeux vidéo, et peut-être dans les films plus tard. Mais sinon, oui, je m’en suis déjà servi pour me propulser. Et à terme, je cherche à rentrer encore plus dans les détails, notamment grâce à Terragen.


Skrill : es-tu intéressé par l’animation ?


KillerackKillerack : c’est un peu un autre métier, en fait. Je suis plutôt dans l’idée de faire des décors et je vais commencer par faire des environnements de jeux vidéo, et peut-être faire un master en rapport avec les films. À la base, j’avais un bac pro en poche, je comptais faire un BTS, mais je me suis dit que j’étais bon dans ce que je faisais, donc j’ai choisi l’école dans laquelle je suis actuellement, qui me permet de continuer à faire du terraforming sur le plus long terme.


Skrill : penses-tu qu’il y ait d’autres builders qui puissent faire leur entrée dans le monde professionnel grâce à Minecraft ?


KillerackKillerack : à vrai dire, avant Minecraft, je ne savais pas dessiner et mon PC ne me servait qu’à jouer. J’ai trouvé que j’avais une certaine facilité pour le terraforming. Et dès qu’on me dit de faire quelque chose, j’arrive à visualiser les paysages dans ma tête. À chaque fois, vu que je me souviens de ce que j’ai fait avant, donc je vais de plus en plus vite. Pour répondre plus précisément à la question, ça me semble possible, et j’allais donner l’exemple d’Udvio, mais c’était déjà un artiste avant même qu’il se mette à Minecraft.


Skrill : est-ce que tu t’inspires du réel et de ce que tu vois quand tu élabores tes terraformings ?


KillerackKillerack : ça dépend pour qui je le fais. Quand c’est pour moi, sans inspiration, ça vient comme ça, de mon propre point de vue, et je cherche simplement à coller à la réalité, sans toutefois être excessivement rigoureux. Et à part pour quelques projets, je pars sans images. Tout se fait à l’instinct sur World Machine et quand je vois certaines formes, je les élimine quand elles ne sont pas conformes à la réalité.


Skrill : du coup, tu ne cherches pas d’apports de la géologie ?


KillerackKillerack : si, forcément. Quand je vais à la montagne, je m’étonne encore, et je me rends compte que la nature fait des choses incroyables comparé à ce que je fais. Mais après, effectivement, quand je regarde des paysages, je m’imprègne de tout ça, sans forcément le vouloir. Et puis, quand je me lève le matin, je vois le Mont blanc, donc ça aide.


Skrill : que penses-tu des autres joueurs qui font du terraforming et comment penses-tu te positionner par rapport à eux ?


KillerackKillerack : alors, d’un point de vue francophone, je ne connais personne qui se démarque vraiment dans ce domaine depuis Rasta [Rastammole, NdlR]. Donc sans vouloir me vanter, j’ai l’impression d’être le premier français. Et parfois, je vois des gens qui pourraient faire des choses vraiment bien, mais qui ne se lancent pas.

Du coup, j’ai pris l’initiative de former une fille, qui est la seule fille que je connaisse dans le milieu du terraforming francophone. C’est assez cool d’essayer de la faire progresser pour montrer qu’il n’y a pas que des mecs dans la communauté. Et vu que certains sont assez machos, ça leur mettra une bonne petite claque.

À l’international, c’est bizarre de se positionner. Par rapport aux autres, je pense que je me distingue grâce à ma démarche réaliste. Dans ce domaine, peu de gens font du réalisme, un genre qui demande beaucoup de minutie, alors que le fantastique permet beaucoup plus de libertés : quelque chose de difforme peut être réalisé sans le moindre problème.


SpookyPowa : penses-tu que le terraforming soit moins bien considéré que le build ?


KillerackKillerack : évidemment. À un certain niveau, des teams comme la DeepAcademy et BlockWorks admettent volontiers qu’on est au niveau des builders, et qu’on enrichit considérablement leurs builds. En effet, alors qu’un terraforming peut exister seul, un build a besoin de terraforming pour lui servir de base. Et ce qui m’attriste, c’est que seules ces quelques teams s’en rendent compte. Les plus petites teams ou même les serveurs ne voient pas l’intérêt. Et ils considèrent que c’est beaucoup plus simple, alors que ça demande beaucoup de temps. Il faut travailler, utiliser d’autres outils que ceux des builders… Vu que je fais des maps rapidement, les gens ont tendance à penser que c’est automatique, alors que j’ai dû m’entraîner pendant très longtemps pour arriver à ce résultat. Et puis, il y a beaucoup moins de terraformeurs connus que de builders connus.


Skrill : tu sembles ne faire quasiment que du terraforming. Tu n’as pas envie de build ?


KillerackKillerack : j’aimerais bien savoir build, mais j’aurai de moins en moins de temps, alors je préfère terraformer. En plus, quand je build, je n’arrive pas à des résultats satisfaisants. En une heure, je fais un mur, alors que je peux deux terraformings dans ce laps de temps. Ce n’est ni motivant, ni rentable.


Skrill : qu’est-ce qui te plaît comme build, actuellement ?


KillerackKillerack : à vrai dire, le build ne m’intéresse pas tellement. Il y a quelques projet sur PlanetMinecraft qui me tapent dans l’oeil, mais c’est rare. Et pour que j’aime quelque chose dans un domaine que je n’apprécie pas, il faut y aller. Globalement, les interviewés des articles précédents font partie des exceptions, puisqu’ils ont leur propre style, sans copier celui des autres. Ça me plaît.


SpookyPowa : du coup, est-ce que tu exclus de collaborer avec des builders ?


KillerackKillerack : de base, collaborer n’est déjà pas quelque chose qui me plaît particulièrement. Déjà à cause du problème posé par la relation builder/terraformeur, qui est systématiquement à l’avantage du premier. Une collaboration peut être instructive parce qu’elle oblige à s’adapter, mais c’est complexe. Des fois, c’est difficile de se comprendre, et on s’en rend compte qu’à mi-chemin.

Les commissions et les projets de teams, c’est différent. Il y a un autre enjeu, notamment avec BlockWorks. C’est assez cool de travailler avec eux, parce qu’ils me donnent un plan, mais me laissent assez libre, tant que je fais quelque chose d’assez réaliste.


SpookyPowa : est-ce que tu préfères travailler avec des anglophones ?


KillerackKillerack : les anglophones sont plus tolérants. Les français sont « lourds » : j’ai essayé à plusieurs reprises de travailler avec eux, mais ça ne m’attire pas. Il y a moins de liberté, ils ont une moins bonne façon de parler, et sont moins constructifs… Il y en a qui sortent de nulle part et critiquent avec une violence assez incroyable.

Les anglophones, si quelque chose ne va pas, ils le disent posément, et proposent souvent même de carrément aider à corriger ce qu’ils ont repéré. Pendant une période, je ne faisais que des teams anglophones, après avoir eu assez de réputation au sein des teams francophones pour m’en émanciper.


SpookyPowa : quelle est ton opinion sur la communauté du build francophone ?


KillerackKillerack : je vais être très honnête : je n’aime pas vraiment les trois quarts de la communauté. Le dernier quart, ce sont des gens avec qui j’ai travaillé et que je connais. En ce qui concerne les autres, c’est indescriptible. Ils ont une façon de parler et de travailler qui me déplaît. Trop de compétition et de valorisation de soi. Après, je dis ça de mon point de vue de terraformeur : vu que ce rôle est assez peu reconnu, j’étais vachement mal considéré à mes débuts.


SpookyPowa : une question plus large : que représente la DeepAcademy pour toi ?


KillerackKillerack : j’ai sur la DeepAcademy un point de vue passé et un point de vue actuel. À l’époque, c’était un truc de fou : tu rejoignais la Deep’, t’étais Jésus *rires*. C’était la cour des grands, inaccessible. Maintenant, le fait d’avoir côtoyé des grandes équipes me fait porter un regard différent dessus. C’est bien d’y être, mais ça m’apporte moins que si j’y étais entré deux ans plus tôt. À l’époque, j’avais aussi une autre motivation pour y rentrer : c’était une team fondée par des francophones, mais avec beaucoup d’anglophones. Je voulais y aller pour montrer que les francophones étaient encore dans la partie.


SpookyPowa : as-tu des conseils pour des joueurs qui souhaitent s’améliorer en terraforming ?


KillerackKillerack : si vous voulez être un bon terraformeur, il vous suffit de travailler dur, chaque jour si possible. Essayez de vous concentrer sur un thème précis (neige, par exemple) et de travailler dessus  pendant une semaine pour obtenir le meilleur résultat possible. Puis, changez de thème, et ainsi de suite…

Pour ma part, je fais entre deux et cinq projets par jour sur World Machine en période de vacances, un à trois en période scolaire, pour donner un ordre de grandeur. Mais ne commencez pas directement sur World Machine : commencez sur VoxelSniper avant de vous mettre à WorldPainter le plus sérieusement possible. Et enfin, World Machine.

Mais le plus important, c’est que vous devez aimer ce que vous faites : aimez le terraforming, et tout sera plus simple.


SpookyPowa : une dernière question : quel est ton builder non-francophone préféré ?


KillerackKillerack : Necrosys et Anwillus. Pas tellement pour la qualité de leurs constructions, mais surtout parce que c’est avec eux que j’ai commencé, et que j’ai progressé. Et cela me tient à coeur. En terraforming, je dirais Imbilio. Ses projets sont tout simplement immenses.

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1 Commentaire sur "[Dossier] La chronique du builder #6 : Killerack"

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Super interview c’est des articles que j’adore !

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