dimanche , 19 novembre 2017
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[Dossier] La chronique du builder #2 : Hyperlive

[Dossier] La chronique du builder #2 : Hyperlive
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La communauté de construction Minecraft est à l’origine de projets titanesques, menés par des individus seuls ou par des équipes de dizaines de personnes. Pour briller lors d’un concours, ou en partenariat avec des institutions publiques. Bref, elle est faite de joueurs et collectifs qui sont le moteur d’un progrès permanent, tant dans les techniques de build que dans les styles. Cette diversité est donc incarnée par tout autant d’acteurs, qui se distinguent chacun par leur parcours, leur style, ou leur équipe. La chronique du builder a pour objectif de mettre avant ces joueurs. Régulièrement, cette série d’articles en partenariat avec Skrill publiera des portraits de builders, ainsi que leur interview et quelques-unes de leurs créations les plus emblématiques.


Aujourd’hui, dans la chronique du builder, nous vous présentons Hyperlive, un constructeur français spécialisé dans la réalisation de builds “engagés” : là où la plupart des constructeurs Minecraft cherchent le beau, sans arrière-pensée, Hyperlive fait passer des messages. Passant de la dénonciation de la politique occidentale vis-à-vis des migrants aux méfaits du tabac, en passant par la surexploitation des ressources naturelles et le suicide, ses créations n’hésitent pas à dénoncer les travers de notre monde. Pour cela, Hyperlive adopte souvent une grande échelle, avec des constructions souvent immenses, davantage conçues pour être vues que visitées. Dans un registre plus concret, il a également participé à une conférence TedX de l’Unesco en 2015, pour parler de l’école et de l’éducation en général.

Créations d’Hyperlive

Interview

Skrill : bonjour Hyperlive, merci de nous accorder cette interview. Tu es surtout connu pour tes constructions “engagées”, qui représentent le plus souvent des natures mortes ou vivantes. Est-ce que tu ne fais que de l’organique ?


En fait, je ne considère pas vraiment mes constructions comme de “l’organique”. Je construis tout ce qui m’inspire, et je publie seulement les résultats qui me plaisent. Sinon, je laisse mes autres créations dont je suis moins fier dans un coin, loin du regard du public.


Skrill : tu fais des constructions sur des thèmes activistes. En-dehors de Minecraft, es-tu également engagé, politiquement ou associativement ?


Hyperlive : Non, pas du tout. Mes projets sont mes principales activités engagées, si je peux les appeler “engagés”. Et à vrai dire, je vois plutôt mes constructions comme des choses qui enfoncent des portes ouvertes, qui rabattent des idées déjà vues, sur la famine, le tabac, la déforestation… Et si je ne les considère pas spécialement comme engagées, c’est justement parce qu’elles ne prennent pas position sur des sujets à controverse ou à débat, mais exposent juste des problèmes. En soi, il y a presque toujours un message derrière mes builds, mais je ne les considère même pas comme spécialement engagés pour cette raison.


Skrill : vois-tu ces messages comme faisant partie de ton oeuvre globale ?


Je ne vois pas mes projets comme une œuvre globale, mais plutôt comme plein de petites choses que je fais indépendamment des autres, parce qu’elles me plaisent. Et puis, toutes mes œuvres n’ont pas de messages, notamment Drive in Hard Street (première création de la galerie ci-dessus).


Skrill : justement, tu apportes quelque chose de nouveau avec ce pixel art…


Pas vraiment. À vrai dire, la technique que j’ai utilisé pour faire ces bâtiments existait déjà depuis un moment, mais elle était très peu utilisée. C’est seulement depuis que plusieurs panels ont expliqué cette technique à la McBuildcon qu’elle commence à se faire connaître.


Skrill : comment définis-tu tes builds ? Qu’y retrouves-tu qui te corresponde, qui vienne de toi ?


Déjà, je retrouve une évolution dans les techniques, ce qui est assez logique. Je construis toujours sur une échelle assez grande, que je trouve plus simple pour travailler. De ce point de vue là, mes builds suivent donc une constante. De même, mes créations sont davantage faites pour être vues sur des rendus, plutôt qu’être visitées en jeu.


Skrill : quand as-tu commencé à construire dans Minecraft ?


Mes premiers projets persos remontent à 2014. À la base, j’avais un style plutôt classique, de construction comme on en faisait alors. J’ai adopté mon style actuel vers janvier 2016. Pour la petite anecdote, le changement entre ces deux styles s’est fait suite à une hospitalisation de plus de deux semaines, durant laquelle je n’avais pas accès à l’ordinateur. Ne pas y avoir accès pendant une aussi longue période, alors que j’ai l’habitude d’y passer presque l’intégralité de mes journées, m’avait donné envie de faire des trucs décalés, qui sortaient de l’ordinaire. En sortant, j’ai commencé à faire ces builds que tu qualifies d’engagés. À la base, je ne cherchais pas à mettre de message derrière ces projets. Et c’est un ami à moi qui, lorsqu’il a vu ma construction d’une soupe dans une cuvette de toilettes, m’a dit “Non mais regarde, ça pourrait symboliser la faim dans le monde”. Donc je l’ai appelé “World Hunger”. Et au final, ça a marché à fond. Du coup, je me suis dit que si ça plaisait aux gens, il fallait continuer.


Skrill : comptes-tu encore t’améliorer d’un point de vue technique ?


Non, pas vraiment d’un point de vue technique. À part Drive in Hard Street, je n’essaie pas vraiment de faire de recherche de nouvelles techniques régulièrement, mais simplement de chercher de nouvelles idées. De nouveaux concepts, de quoi continuer à faire ce que je fais régulièrement, mais sans tomber dans le convenu ou dans la routine.


Skrill : as-tu des inspirations artistiques ?


Il y avait un artiste que je ne connaissais pas à la base et que j’ai découvert dans un commentaire sur l’un de mes projets sur PMC. Il avait un nom étrange [Paweł Kuczyński] et faisait des oeuvres décalées, et ce commentaire comparait mon projet à ses œuvres. C’est lui qui a fait le Pikachu sur une selle, sur le dos d’un joueur, lors de la fièvre Pokémon Go. Je me retrouve dans ce qu’il fait. Il fait beaucoup d’œuvres satiriques ou engagées. Un peu comme ce que je fais, même si des fois, ça va plus loin. Et justement, mon engagement a parfois été mal vu, puisque trois de mes créations ont été retirées de PlanetMinecraft. Deux d’entre elles parce qu’il y avait un cadavre représenté dans les projets. Et l’autre, sur ma représentation du Coran, criblé des balles de terroristes, pour lequel les modérateurs avaient peur que le message puisse être mal interprété et risque de porter préjudice au site.

À part ça, je trouve un artiste vraiment cool, qui m’inspire les rares fois où j’essaie de dessiner : Peter Draws. Je suis carrément fan de ce qu’il fait sur Youtube. Lui par contre, fait des dessins qui n’ont pas forcément de sens ou de message du tout.


SpookyPowa : justement, à propos de PMC [PlanetMinecraft, NdlR], quel est ton avis sur la suppression de trois de tes créations de leur plateforme ?


Ça ne me dérange pas que PMC les ait censurées. Ils avaient leurs raisons, je peux comprendre. Mais le site décroît peu à peu, et la communauté Twitter me permet de mieux exposer mes créations. PMC a un peu perdu la hype des concours de construction qui ramenaient beaucoup d’équipes de build, avec un niveau assez énorme, émulé par la compétition. Néanmoins, je ne néglige pas pour autant ce site, puisque c’est lui qui m’a permis de me faire connaître.


SpookyPowa : quel est ton builder non-francophone préféré ?


En fait, je n’ai pas vraiment de builder préféré, mais plutôt plein d’œuvres que j’ai aimé indépendamment, pouvant venir de tas de builders : le cerf de Laoconte, le visage de jstoeckm2, le projet d’Arcanip sur la page blanche… Surtout des projets à grande échelle, en fait. Pour citer des noms : RavenBaxter, Jossieboy, Dr_Bond, LNeoX, CrafterBoy, Tiresh, Zeckou, AdrianCS14, justsomemonkeys, BzUrQ, Udvio, CorbinRainbolt, ont tous fait des projets que j’ai adorés, et j’en oublie bien d’autres. À la limite, il suffit presque de faire des trucs à grande échelle pour que ça me plaise.


SpookyPowa : quel regard portes-tu sur la communauté de construction francophone dans Minecraft ?


Au niveau des équipes et des gens, je trouve que la majorité sont pas mal en retard sur le niveau international : des techniques et des événements sont ignorés, ou bien “importés” dans la communauté francophones après coup, plusieurs mois ou années plus tard. Une minorité de teams ou de builders chez les francophones arrivent à se démarquer des autres et aller chercher un peu plus loin, peut être un peu comme partout en fait je ne sais pas. Après, c’est l’image que j’en ai, donc pas forcément la réalité.

Les communautés internationales et la communauté francophone ne sont pas strictement séparées, mais je trouve que la seconde ne s’intègre pas assez dans les premières. Mais certains franchissent le pas : c’est le cas de LanguageCraft à une époque, de NewHeaven, de LordBlock, ou même de ElysiumFire et HoneyHive, qui ont su se faire connaître en dehors de leur petit groupe, avec d’autres teams, parfois pas francophones. Et certaines recrutent des membres non-francophones. Mais globalement, pour les autres groupes, les teams se mixent peu entre elles à mes yeux.

Image de Une réalisée par GreenLenux.

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2 Commentaires sur "[Dossier] La chronique du builder #2 : Hyperlive"

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SkytAsul
Invité

Très intéressant !

Membre

Super bien gg à lui !

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