Une simulation basée sur le cerveau d’une véritable mouche est en train de piloter une créature dans Minecraft. Le créateur ro0oney1 a relié au jeu un modèle inspiré du réseau neuronal complet d’une drosophile, avant de lui donner le contrôle d’une araignée.
L’expérience est assez déroutante à regarder, mais il faut éviter un raccourci : aucune conscience n’a été transférée dans Minecraft. Le projet utilise une reconstruction numérique des connexions du cerveau d’une drosophile et transforme certains signaux produits par la simulation en actions dans le jeu.
En bref
- ro0oney1 a relié à Minecraft une simulation basée sur le cerveau complet d’une drosophile.
- Les données utilisées reposent sur une cartographie scientifique comprenant 139 255 neurones et 54,5 millions de synapses.
- Une araignée Minecraft sert de corps virtuel à la simulation, avec des déplacements pour le moins chaotiques.
Une mouche connectée à Minecraft ?
L’histoire commence avec un projet scientifique qui n’a, à l’origine, rien à voir avec Minecraft. Des chercheurs du consortium FlyWire ont réussi à reconstruire le réseau de connexions du cerveau complet d’une drosophile adulte.
Le résultat est ce qu’on appelle un connectome. Pour faire simple, on peut l’imaginer comme une immense carte qui indique quels neurones sont reliés entre eux. La reconstruction publiée par FlyWire contient précisément 139 255 neurones et 54,5 millions de synapses.

Ces données ont été rendues accessibles à la communauté scientifique et peuvent notamment servir à étudier ou simuler certaines parties du fonctionnement du réseau neuronal. C’est ce matériau que ro0oney1 a utilisé comme base pour son expérience dans Minecraft.
Important : reconstruire les connexions d’un cerveau ne revient pas à copier l’animal. Une vraie drosophile possède aussi un corps, des organes sensoriels et de nombreux mécanismes biologiques qui ne sont pas reproduits de la même manière dans cette simulation.
Comment relier ce réseau à Minecraft ?
C’est là que l’expérience devient vraiment particulière. Une drosophile n’a évidemment aucune idée de ce qu’est Minecraft et son cerveau n’a pas été conçu pour recevoir les informations produites par un jeu vidéo.
ro0oney1 a donc développé un programme intermédiaire capable de faire le lien entre la simulation neuronale et Minecraft. Le système récupère certains signaux produits par le réseau puis les convertit en actions utilisables par une créature du jeu.
Autrement dit, le joueur ne contrôle plus directement tous les déplacements de l’entité : une partie de ses mouvements provient de la simulation.
Le résultat reste forcément expérimental. Une image affichée par Minecraft ne correspond pas à ce que les yeux d’une drosophile transmettent normalement à son cerveau. Il manque également les sensations liées au corps réel de l’insecte, comme la gravité, les odeurs, la température ou encore ses mouvements dans l’air.
Premier test : une araignée
Pour son premier essai, ro0oney1 a choisi de donner à la simulation le contrôle d’une araignée de Minecraft.
La vidéo permet surtout de constater que l’entité se déplace sans suivre le comportement habituel d’une araignée contrôlée par le jeu. Ses mouvements sont assez désordonnés et l’expérience finit notamment par l’amener vers l’eau.
Ce premier résultat montre surtout le problème principal du projet : le cerveau simulé provient d’un insecte volant, alors qu’on lui demande ici de piloter un corps virtuel à huit pattes qui ne fonctionne absolument pas comme le sien.
Est-ce vraiment la conscience d’une mouche ?
C’est le point sur lequel il faut rester prudent. ro0oney1 utilise lui-même le terme « consciousness » dans certaines de ses publications, mais rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’une conscience animale a été transférée dans Minecraft.
Le connectome donne une carte extrêmement détaillée du câblage du cerveau, mais un cerveau vivant ne fonctionne pas uniquement grâce à la position de ses neurones et de leurs connexions.
L’activité des cellules, les substances chimiques, les informations envoyées par le reste du corps et de nombreux autres mécanismes participent également à son fonctionnement.
En clair : Le projet repose bien sur les connexions cartographiées dans un véritable cerveau de drosophile. En revanche, parler d’une « mouche vivante dans Minecraft » ou d’une conscience entièrement téléchargée dans le jeu serait aller beaucoup plus loin que ce que l’expérience démontre réellement.
Minecraft comme laboratoire improbable
Ce projet ne change évidemment rien au gameplay de Minecraft. Son intérêt est surtout technique et expérimental : il montre jusqu’où le jeu peut être détourné lorsque des créateurs commencent à le relier à des systèmes extérieurs.
Minecraft sert depuis longtemps de terrain de jeu pour des expériences inhabituelles. Des joueurs y construisent des ordinateurs en redstone, des calculatrices ou encore des systèmes complexes avec des blocs de commande.
Ces derniers jours, un autre créateur est même parvenu à faire fonctionner un petit modèle de langage avec plus de 445 000 blocs de commande. Dans le cas de ro0oney1, le jeu devient cette fois un environnement virtuel dans lequel tester un réseau directement inspiré d’un véritable cerveau animal.
L’expérience reste encore très limitée, mais l’idée de voir une cartographie de 139 000 neurones tenter de piloter une araignée dans Minecraft est déjà suffisamment étrange pour attirer l’attention.





