samedi , 16 décembre 2017
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Rastammole

[Dossier] La chronique du builder #8 : Rastammole

[Dossier] La chronique du builder #8 : Rastammole
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La communauté de construction Minecraft est à l’origine de projets titanesques, menés par des individus seuls ou par des équipes de dizaines de personnes. Pour briller lors d’un concours, ou en partenariat avec des institutions publiques. Bref, elle est faite de joueurs et collectifs qui sont le moteur d’un progrès permanent, tant dans les techniques de build que dans les styles. Cette diversité est donc incarnée par tout autant d’acteurs, qui se distinguent chacun par leur parcours, leur style, ou leur équipe. La chronique du builder a pour objectif de mettre avant ces joueurs. Régulièrement, cette série d’articles en co-écriture avec Skrill publiera des portraits de builders, ainsi que leur interview et quelques-unes de leurs créations les plus emblématiques.


Aujourd’hui, dans la chronique du builder, nous vous présentons Rastammole, un invité assez particulier puisque c’est un builder désormais à la retraite. Membre de la prestigieuse DeepAcademy, il est à l’origine de nombreuses maps toutes plus impressionnantes les unes que l’autres, et dont plusieurs ont fait l’objet d’articles sur Minecraft-France, à mi-chemin entre rêve et réalité. Un style qui prend parfois des formes excentriques, comme When Ducks Gone Wild, une map représentant en tout et pour tout un canard dont seul son gigantisme rivalisait avec sa majesté.

Créations de Rastammole

Rendus de Wuxa, Maruku et Freshmilkymilk respectivement.

Interview

Skrill : cela fait quelques années qu’on n’entend plus parler de toi, alors que tu étais pendant un moment le builder qui a fait bouger en quelques projets emblématiques la communauté française. Maintenant que tu as pu prendre un peu de recul sur ces quelques années de production folles, quelle(s) étape(s) considères-tu comme étant la/les plus importante(s) dans ta “carrière” de builder ? Et quel est ton meilleur souvenir de tes instants créatifs dans Minecraft ?


Rastammole : il est vrai que depuis un petit moment je n’ai plus construit grand chose, tout simplement par manque de temps et surtout d’envie. Je pense malgré tout que l’une des étapes les plus importantes de ma carrière a été mon association avec Moustafa. Depuis cette association, autant lui que moi avons pu totalement nous spécialiser chacun dans notre style: lui dans les organiques et moi dans le terraforming. L’association à été très bénéfique puisque nous avons pu inventer un style propre à nous et nous démarquer des autres builders. Cela dit, un de mes meilleurs souvenirs créatif reste ma carte When Duck Gone Wild – peut être l’apogée de la folie. Peut-être que c’était de trop, mais nous avions un style propre à nous.


SpookyPowa : pourquoi avoir progressivement arrêté de build ?


Rastammole : il n’y a qu’à voir le temps que j’ai mis pour répondre à cette interview pour comprendre que je n’y consacre plus de temps. Mais la question reste plus complexe : il y a de cela 2 ans, je quittais la France pour m’installer à Madrid en Espagne. Ce fut un tournant radical dans ma vie : du jour au lendemain, je quittais tout mon confort et mes habitudes pour changer de vie, et peut-être que j’ai aussi laissé Minecraft en France (pour tout vous avouer, je joue à LoL maintenant). Mais surtout le plus important à mes yeux c’est que je ne me retrouvais plus dans mes cartes, je me contentais de simplement appliquer un patterne que j’avais mis des années à construire pour produire en quantité et non en qualité. Il n’y a qu’à voir chacune de mes cartes, elles apportent toutes une nouvelle idée sur laquelle j’avais passé un long temps de recherche dans l’exécution et la conception. Arrivé à Madrid, c’était la page blanche (plutôt le void pour coller au sujet). Je ne voulais plus me prendre la tête à réfléchir et je voulais juste produire pour gagner de l’argent et sortir. Je faisais ce que je détestais et critiquais le plus. J’ai donc pris la décision d’arrêter le temps de retrouver l’envie de construire et de créer des choses uniques. Au début je pensais que ce serait passager, mais maintenant cela commence à être long !


SpookyPowa : malgré ta « retraite » en tant que builder, tu restes très actif au sein de la communauté du build francophone. Est-ce que tu comptes encore agir et t’investir sur cette communauté ? Si oui, comment ?


Rastammole : je ne compte plus du tout intervenir dans cette communauté.


Skrill : si tu retournais dans Minecraft aujourd’hui, que souhaiterais-tu y accomplir ?


Rastammole : si je venais à travailler de nouveau dans Minecraft je pense que ce serait certainement pour terminer en beauté, ma plus grande frustration restant d’être parti en retraite prématurément, sans avoir accompli toutes les idées qu’il me restait. Si un jour il me reste du temps, je souhaiterais faire un ultime projet contenant toutes les dernières idées qu’il me reste, je sais que certaines n’ont jamais été exploitées.

Il y a aussi un projet qui me tiendrai à cœur, étant étudiant en kinésithérapie. Celui ci consisterai en la création d’un atlas anatomique complet pour les étudiants en médecine ou paramédical. Un squelette complet coûte aux alentours de 200 euros et tous les étudiant n’ont pas les moyens de se le payer. Le but sera de laisser en libre accès l’atlas le plus fidèle possible et pour permettre à tous de réviser dans de bonnes conditions.


Skrill : lequel de tes projets t’a le plus marqué ?


Rastammole : le projet qui m’a le plus marqué reste « When duck gone wild ». L’idée est partie d’un délire avec Moustafa, pour aboutir sur le projet le plus long de notre « carrière » et certainement le plus abouti. Au départ il était simplement question d’implémenter quelques animaux géants dans un terraforming coloré, pour finir sur un poney avec un bus dans l’arrière-train. Le projet a par la suite été récupéré par JVC pour finir en série moddée. Nous étions très fiers de ce projet et nous le sommes encore.

Si je devais tirer un trait sur ma carrière, c’est avec fierté que je le ferais. Je suis très heureux d’être arrivé à mes fins avec toutefois un peu de frustration quand aux idées que je n’ai pas pu mettre en place par manque de temps et de motivation. J’ai d’abord été un builder très conventionnel chez Millenium puis pour des serveurs Français, je gagnais un peu d’argent et j’étais content puisque je faisais de ma passion mon métier. Puis vint le jour où j’en ai eu marre de n’être qu’un simple builder pour me tourner vers le terraforming et tout apprendre tout seul : en aucun cas je ne voulais être influencé par une technique quelconque des tutos sur internet de manière à proposer ma technique et mon style à moi.

La collaboration avec Moustafa a été un tournant déterminant dans la conception de mes cartes, nous étions très complémentaires, pas toujours d’accord, mais on savait ce qui nous plaisait et qui nous faisait marrer ! J’aime bien faire la comparaison avec Ninja Theory, un studio de développement indépendant qui a récemment sorti le jeu Hellblade (qui au passage est un très bon jeu !). Après avoir écouté quelques interviews des développeurs, j’en retiens qu’il ne voulait pas sortir un jeu AAA, mais qu’ils voulaient créer un jeu qui leurs plaisaient, à leur image, qui ne soit pas tout public mais qui sache trouver tout de meme son public. Ces vers cette pensée que je me suis tourné et vers laquelle je continuerai d’avancer, tant dans le monde de la création que dans ma vie IRL.


Skrill : comment définirais-tu ton style ?


Rastammole : je ne saurais pas mettre un nom sur mon style, si ce n’est qu’il se rapproche le plus de l’onirique. Un état second entre le rêve et la réalité. A première vue, la map semble très familière (se référant à des décors connus de la réalité). Mais en creusant, on se rend compte que nos maps (à Moustafa et moi) opèrent vers une déformation de la réalité. Par exemple dans « When duck gone wild » le joueur se baladait dans un monde montagneux coloré pouvant faire référence à Vinicunca ; cependant au détour d’un virage le joueur pouvait se retrouver face à une licorne ou une tortue viking volante. Toutefois certaines cartes restent dans un style totalement imaginaire, comme par exemple « What the duck ».


SpookyPowa : quelles sont tes principales influences ? Aussi bien les autres builders/styles de construction Minecraft que les artistes IRL.


Rastammole : pour ce qui est des influences, je ne me suis presque jamais inspiré du travail d’autres personnes. Je souhaitais rester au maximum en autodidacte et trouver mes inspirations dans la nature et dans mes rêves voir dans mes fantasmes. L’exemple le plus probant est le canard. J’adore cet animal, je le trouve gracieux et je pense que ça se voit tel qu’il apparaît dans toutes mes cartes. De même je suis fan de randonnée et reproduire des paysages me tenait à cœur, tout en y apportant ma vision colorée des œuvres. Je pense que mes inspirations sont plutôt culturelles et liées à tout un tas de choses que j’ai apprécié dans ma vie.


SpookyPowa : comment as-tu eu l’idée de construire « When Duck Gone Wild » ?


Rastammole : When Duck Gone Wild est, comme dit précédemment, notre projet le plus abouti avec Moustafa, il est juste partit d’un délire « on peut le faire »… Et nous l’avons fait ! Une map totalement barrée qui sort complètement du lot, pas simplement pour se donner un genre, mais tout surtout pour nous exprimer comme pourraient le faire des artistes contemporains que parfois certaines personnes ne comprennent pas.


Skrill : est-ce que tu retrouves aujourd’hui quoi que ce soit que tu aurais appris dans Minecraft qui te soit utile dans la vraie vie ?


Rastammole : très honnêtement cette expérience fut la plus intéressante de ma vie. J’ai appris beaucoup de choses, comme par exemple la gestion d’une micro-entreprise, la gestion d’un budget, le relationnel commercial… Par dessus tout, cela m’a permis d’avoir une meilleure approche des personnes. Avant je jugeais assez facilement quelqu’un sur son physique en le classant immédiatement dans certaines catégories. Mais durant ces 4 années j’ai appris à connaître des personnes simplement avec une voix, j’ai appris à passer au-dessus de beaucoup de préjugés, et j’ai surtout connu des personnes formidables vers qui j’aurais pu avoir des doutes en terme de relationnel. J’ai connu beaucoup de nouvelles personnes, dont certaines ont littéralement changé ma façon de concevoir les relations, voire son devenues mes meilleurs amis !


Skrill : que penses-tu du build et du terraforming aujourd’hui ? Comment décrirais-tu son évolution depuis ton départ (de ce que tu as pu en voir) ?


Rastammole : : malheureusement, je trouve qu’il y a de moins en moins de builders qui viennent dynamiter le monde de la construction Minecraft : j’entends par là des builders qui sortent du lot et qui n’ont pas peur de s’imposer avec un style qui leur est propre. A mon époque déjà (bonne phrase du vieux que je ne suis pas), la quasi-totalité des builders se faisaient la guerre pour savoir qui allait sortir le plus gros megabuild copy/paste saupoudré d’un terraforming bateau, 2-3 cascades histoire de, et pas d’intérieur parce que flemme.

Depuis que je fais partie de la famille du build j’ai pu observer quelques courants « artistiques » orchestrés par des grands du milieu. Il y a eu la mode des mégabuilds (la DA, ThatOldKid et Rambosmile y étaient pour beaucoup), la mode des terraformings réalistes (Imbilio et Lentebriesje avaient inventé ce style), la mode des organiques réalistes (menée par Moustafa), la mode des maps médiévales fantastiques, la mode du surréalisme avec l’utilisation des blocs de verres colorés (utilisé par Marceau en premier), etc..

Dans l’histoire, il y a toujours eu des lanceurs d’idées, des personnes qui se démarquaient par leurs styles et leurs visions, mais très sincèrement, depuis que j’ai quitté Minecraft, je regarde d’un œil extérieur cette communauté et je ne retrouve plus autant de personnes lanceuses d’idées comme avant. On tourne en rond.
Les techniques évoluent, mais permettent seulement de gagner du temps. Il y a les artistes… et les moutons.


SpookyPowa : toujours sur la communauté francophone, constates-tu une évolution – positive ou négative – au niveau de celle-ci ?


Rastammole : comme dit précédemment, je trouve qu’il y a une baisse de la qualité des maps. Du moins, un non-renouvellement des idées. Cela dit, certaines équipes produisent des cartes de qualité et je suis content de voir que le build français se porte quand même bien.


SpookyPowa : quel est ton builder non-francophone préféré ?


Rastammole : je n’ai pas de builders préférés, mais j’ai une liste de personnes qui m’ont beaucoup marqué.

  • ThatOldKid : ses cartes datent un peu mais à y regarder de plus près elles étaient tout simplement démentielles, à noter que son dernier projet Center Of Valhalla date d’il y a 4 ans.
  • Lentebriesje, Moonti, Darastlix, Ibuildpixel (kenny), Imbilio : tout simplement les terraformeurs les plus talentueux de leur génération, eux savaient se renouveler à chaque map.
  • Wuxa : j’aimerais m’arrêter tout particulièrement sur lui, car c’est une personne qui n’a jamais fait beaucoup de bruit et n’a jamais sorti beaucoup de projets, mais reste pourtant à mes yeux le builder le plus talentueux de sa génération. Il avait énormément de bonnes idées et une capacité d’exécution des techniques hors du commun. Une perle rare qui malheureusement n’est jamais sortie de sa coquille…

Image de Une réalisée par GreenLenux.

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1 Commentaire sur "[Dossier] La chronique du builder #8 : Rastammole"

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Rastamole le meuilleur ! <3