mercredi , 20 septembre 2017
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[Dossier] La chronique du builder #1 : Dr_Bond

[Dossier] La chronique du builder #1 : Dr_Bond
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La communauté de construction Minecraft est à l’origine de projets titanesques, menés par des individus seuls ou par des équipes de dizaines de personnes. Pour briller lors d’un concours, ou en partenariat avec des institutions publiques. Bref, elle est faite de joueurs et collectifs qui sont le moteur d’un progrès permanent, tant dans les techniques de build que dans les styles. Cette diversité est donc incarnée par tout autant d’acteurs, qui se distinguent chacun par leur parcours, leur style, ou leur équipe. La chronique du builder a pour objectif de mettre avant ces joueurs. Régulièrement, cette série d’articles en co-écriture avec Skrill publiera des portraits de builders, ainsi que leur interview et quelques-unes de leurs créations les plus emblématiques.


Aujourd’hui, dans la chronique du builder, nous vous présentons un builder international connu sous le pseudonyme de Dr_Bond. Dr_Bond est un builder américain d’origine coréenne et nippone, affilié à la célèbre team Gazamo et au collectif d’organiques Kibo. Remarqué sur la scène internationale il y a quelques années, Dr_Bond rejoint en 2016 la prestigieuse Angel Block Society, communauté considérée comme regroupant les meilleurs constructeurs du jeu. Ces derniers mois, il enchaîne les podiums des concours internationaux à haut niveau, en accédant à la première place d’un concours organisé par le serveur de construction Builder’s Refuge et à la seconde place d’un concours du site Planet Minecraft. Le style de Dr_Bond se caractérise par un équilibre parfait entre des organiques très détaillés et des constructions aux couleurs contrastées. Des thèmes variant allant de la mythologie japonaise à la survie des océans en passant par la vie et la mort. Mais on y retrouve toujours une certaine fantaisie et des éléments naturels qui font toute la poésie de son art.

Créations de Dr_Bond

Rendus par Joebricksy.

Portfolio complet

Interview

Skrill : bonjour Dr_Bond, merci de nous accorder cette interview. Cela fait un moment que ceux qui te connaissent ont l’habitude de te voir construire aux côtés de joueurs occidentaux -notamment avec les builders de la team Gazamo dont tu fais partie-. Or, tu indiques sur Skype habiter au Japon. Est-ce le cas ?


Je suis à moitié japonais et à moitié coréen, mais j’ai vécu la majeure partie de ma vie aux Etats-Unis. […] Je me suis toujours efforcé d’intégrer tous types de thèmes et styles au sein mes constructions, car je pense que nous apportons tous un différent point de vue sur Minecraft, peu importe d’où on vient.


SpookyPowa : aussi, penses-tu néanmoins que le pays d’origine et/ou la géographie ait un impact sur la façon dont un builder construit, ne serait-ce qu’en lui offrant un style ou des thèmes de préférences ?


Je pense que ça dépend surtout de la personne, et on peut trouver des exemples pour les deux cas. En terme de style, il y a un « style français de construction » assez distinct et connu au sein de la communauté de build. Et je pense que tout cela vient des années de travail et de réflexion au sein de la communauté française. C’est la même chose pour Linscraft [équipe de construction chinoise], qui construit surtout des builds aux thèmes inspirés de la culture de leur pays.

De l’autre côté, on retrouve des builders comme Udvio, qui restent à l’écart de tout style ou identification nationale et expérimentent en permanence de nouveaux styles tout droit sortis de leur imagination. Je pense que le pays d’origine ont un rôle important en termes d’influence et de style, mais ils ne déterminent pas le style d’un builder pour autant.


Skrill : il y a quelque chose de surprenant dans tes constructions, en ceci qu’elles ont toutes des airs de chefs-d’oeuvre. Contrairement à celles de la plupart des autres builders, elles ont l’air achevées, comme des tableaux. Un peu comme si tu avais rempli la toile et qu’il n’y avait plus rien à ajouter. Cherches-tu toujours à « finir » certaines constructions ? As-tu déjà recommencé une construction ou fait un plan avant de commencer ? Combien de temps nécessite la conceptualisation et la construction de créations comme Flower;Corpse ?


C’est une première question très intéressante, parce que j’ai justement l’impression que, tout comme d’autres artistes, le public ne voit que la partie émergée de l’iceberg. J’ai beaucoup de projets inachevés qui datent de ces dernières années, que j’ai abandonnés parce qu’il devenaient dépassés pour moi. Ceux que je présente au public sont en fait ceux qui m’ont demandé le moins de temps. Par exemple, je travaillais depuis 2014 sur une cité fantastique sans jamais pouvoir la finir, parce que les différentes parties ne collaient pas entre elles, un problème qui venait du fait que j’apprenais plus vite que je ne pouvais finir cette construction.

Ma méthode de travail est de finir ce que je fais en trois mois. Si je n’y arrive pas, je perds mon intérêt pour ce projet. Flower;Corpse, par exemple, s’est fait très rapidement, seulement 100 heures de travail pour le compléter. Il n’y avait même pas de de gros processus de planification, je me suis dit un jour que je voulais quelque chose comme ça, et je l’ai fait. Petit à petit, les différentes parties du projet ont pris forme.


SpookyPowa : pour rebondir sur cette cité fantastique, tu as dit que différentes parties « ne collaient pas ». Cela veut-il dire que tu vois tes constructions comme une sorte de puzzle que tu assembles par la suite ? Pourtant, l’unicité qui émane de tes constructions est assez frappante.


C’est une bonne façon de le dire, puisque je travaille presque toujours en créant des pièces séparées, que j’assemble ensuite. Pour cette cité, c’était toutefois plus technique. J’avais commencé avec un certain niveau de détail en tête, et en m’améliorant, j’ai appris des méthodes plus efficaces pour détailler, ce qui rendait les parties précédentes caduques. À ce moment-là, ma façon de façonner la silhouette des structures s’était également améliorée, donc il est devenu évident que telle partie avait été faite après telle autre.

L’une des choses les plus importantes que j’essaie de conserver, c’est l’équilibre. Autant en termes de détails que d’échelle ou de forme. Par bien des aspects, un œil affûte et entraîné pour conserver cet équilibre permet de trouver ce qui doit être ajouté ou ôté. Cela m’a aidé à faire la distinction entre ce que je sais être une bonne construction et ce que je pense simplement être bon.


Skrill : bien que tu fasses preuves de diversités dans les thèmes de tes créations, je remarque une omniprésence de la nature qui ajoute toujours une forme d’énergie à tes créations. Comment décrirais-tu ta relation avec la nature ?


En ce qui me concerne, la nature a toujours une place très importante, quasi-omnipotente, en ceci qu’elle est résolument multiforme. Je pense qu’elle a en particulier un rôle intéressant dans les constructions Minecraft, parce que ce dernier est un jeu basé sur des cubes, ce qui rend son univers assez rigide et carré. Cependant, l’usage de la nature transforme très bien ce cadre. L’une des raisons qui me poussent à utiliser des thèmes naturels et vivants, c’est que j’adore créer des courbes et des volumes sphériques, ce à quoi les thèmes naturels se prêtent bien. Les formes fortes d’une structure, combinées à la rondeur du lierre, forment un duo qui sera toujours plus harmonieux qu’une construction seule.


Skrill : tu adoptes des points de vue assez artistiques dans tes constructions. Pratiques-tu un art ? Quels arts et quels artistes influencent tes créations ?


Oui, je joue du violon. Et je pense que ça m’a un peu aidé d’un point de vue créatif. Quand j’étais enfant, mon école comprenait des cours de peinture, de dessin, d’eurythmie et de jardinage. Je pense que ma passion pour la création artistique vient de là. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment de préférence pour un art ou un artiste en particulier. J’aime beaucoup les dessins fantastiques impressionnants faits à l’ordinateur, mais je trouve aussi de l’inspiration dans de plus petites choses. Ce qui est sûr, c’est que, comme l’a dit un ancien membre de Gazamo, Sqorck, tu dois « faire quelque chose que ton jeune toi voudrait voir, et laisser faire ton imagination ». Créer de l’art pour soi-même, et seulement pour soi est l’une des raisons qui me pousse à construire encore aujourd’hui. C’est l’une des plus grandes joies qui soient pour moi, et cela a influencé ma façon de faire.


Skrill : comme tu le sais sans doute, cette interview est réalisée par un site communautaire francophone. Quel est ton builder (ou équipe de construction) français préféré ?


Ce n’est pas vraiment une « équipe », mais j’ai toujours voulu rejoindre la Deep Academy [rassemblement de builders dont Skrill est membre]. Il y a vraiment de très bons constructeurs là-bas ! […] Et je ne dis pas ça parce que Skrill est là. À vrai dire, je ne devrais pas trop dire ça, mais Flower;Corpse devait à la base être mon projet de candidature pour intégrer la Deep Academy, mais au final, il m’a servi pour intégrer l’Angel Block Society, parce que je voulais rencontrer l’un de leurs membres en particulier.


SpookyPowa : Pour revenir dans la thématique des pays, voici une question qui vient en compléter une posée un peu plus tôt : pour la construction dans Minecraft, penses-tu qu’il y ait une communauté internationale unique ou simplement une myriade de communautés nationales peinant à s’agréger ?


Je pense qu’il y a une communauté internationale de build, quoi qu’également une myriades d’équipes nationales. La raison pour laquelle je distingue les termes communauté et équipe réside dans le fait qu’au final, la compétition est une bonne chose et aboutit à l’élaboration des meilleurs projets qui soient. Nous travaillons tous avec pour objectif de créer ce que nous voulons, et pour partager les créations qui en résultent. La communauté est alimentée par de nouveaux styles intéressants qui ne seraient pas connus si nous n’étions pas aussi bien liés.


SpookyPowa : parlons maintenant d’un sujet au cœur de tes créations : les organiques. Il y a quelques années, ils ne semblaient pas obtenir l’attention qu’ils ont aujourd’hui. Penses-tu qu’ils requièrent des techniques différentes et spécifiques de celles employées pour des constructions plus « classiques » ? Quel degré d’importance donnes-tu à l’organique et pourquoi ?


Je ne peux que parler de mon expérience personnelle avec les organiques, mais je pense que si vous avez un bon « sens » de la construction, l’utilisation de nouvelles techniques n’est pas requis [pour faire de bons organiques]. Dans ma méthode de création d’organiques, il y a deux points importants. L’usage de VoxelSniper et cette notion d’équilibre. Quand les organiques ont commencé à se faire connaître il y a quelques années, beaucoup de personnes utilisaient la méthode du « wireframing ». Cela consistait essentiellement à placer les « arêtes » de l’organique manuellement ou avec la commande /b l [qui permet de joindre avec des blocs un point à un autre] de VoxelSniper, puis en remplissant manuellement les « faces » de l’organique. Cette technique, quoique très précise, n’utilise toutefois pas cet avantage considérable qu’a VoxelSniper de pouvoir déplacer et fondre des éléments à souhait. C’est ce que j’appelle la méthode sculpture, et je suis sûr qu’il y a d’autres noms pour ça. Cette méthode revient presque à créer des organiques comme si le joueur utilisait de l’argile. C’est une procédure plus « organique » et cela donne un esprit de « transformation » plus encore que de « création ». Il y a peu d’intérêt à cela dans la construction, plus classique, de bâtiments, à moins d’adopter une architecture organique.

J’ai l’impression que les joueurs séparent la construction en trois catégories : structures, organiques et terraforming. Vu que les structures sont les plus simples à construire, cela en fait la catégorie la plus populaire pour beaucoup de personnes, ce qui fait que l’organique est moins aimé. C’est là qu’intervient l’équilibre dont je parlais : comme il y a de nombreuses manières de mélanger les structures avec les organiques, il est primordial de choisir le bon thème qui ira avec la forme de l’organique. Au lieu de catégoriser les constructions, j’essaie de les voir comme des extensions, avec un objectif très différent à l’esprit.

Image de Une réalisée par GreenLenux.

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3 Commentaires sur "[Dossier] La chronique du builder #1 : Dr_Bond"

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Goby03
Invité

Très bon article et très intéressant ! Et des builds à couper le souffle ! A quand le prochain ?
Dans la même veine, est-ce que vous pouvez faire un article sur les outils utiliser par les builders (comme voxel sniper) ?

Membre

SUPER :)

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