Modrinth change ses règles face à la multiplication des contenus générés par intelligence artificielle. La plateforme n’interdit pas complètement l’usage de l’IA, mais elle ferme désormais la porte aux projets produits presque entièrement de cette manière et impose davantage de transparence aux créateurs.

Cette nouvelle politique ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’IA. Modrinth ajoute tout un système de mentions obligatoires pour signaler, avant le téléchargement, la présence de publicité, de fonctions payantes, de télémétrie, de contenus dérivés ou encore d’interactions avec le système de l’utilisateur.

En bref

  • 📈 Modrinth indique être passé d’environ 2 500 soumissions de projets par semaine en début d’année à plus de 5 000 actuellement.
  • 🤖 Les projets entièrement ou principalement générés par IA ne peuvent plus être publiés publiquement.
  • 👤 Un projet assisté par IA reste accepté si le travail humain reste principal et significatif, mais l’utilisation de l’IA doit être déclarée.
  • 🖼️ Les images générées ou dérivées d’une IA sont désormais interdites sur les pages de projets.
  • 📅 Les créateurs ont jusqu’au 27 septembre 2026 pour adapter leurs projets aux nouvelles règles.

Modrinth dit faire face à un afflux de contenus générés par IA

La plateforme explique que le volume de projets soumis a fortement augmenté au cours de l’année. Modrinth estime être passé d’environ 2 500 soumissions par semaine au début de 2026 à plus de 5 000 par semaine aujourd’hui.

Cette hausse ne signifie évidemment pas que la moitié des nouveaux projets sont générés par IA. Modrinth indique toutefois avoir vu arriver suffisamment de contenus entièrement produits de cette manière pour revoir ses règles. La plateforme conserve son principe historique : il n’est pas nécessaire de publier un projet professionnel ou parfaitement fini pour être accepté. En revanche, elle veut que le contenu publié reste avant tout le travail d’un créateur.

Le changement touche directement les mods Minecraft, mais aussi les resource packs, data packs, shaders, modpacks et plugins hébergés sur Modrinth.

L’IA n’est pas totalement interdite

La nuance est importante. Modrinth ne bannit pas tous les projets ayant utilisé un outil d’IA générative. Un créateur peut continuer à s’en servir comme assistance, à condition que sa propre contribution reste principale et significative.

En revanche, le projet doit afficher la mention « Contains AI-generated content » lorsque l’IA intervient de manière importante dans le code, lorsqu’un asset est principalement généré par IA, lorsque le fonctionnement ou la conception du projet repose dessus, ou même lorsque la description et la publication de la page utilisent de l’IA générative.

Ce n’est donc pas une interdiction générale de l’IA. La nouvelle frontière posée par Modrinth se situe surtout entre l’assistance et la génération presque complète d’un projet. Dans le premier cas, le contenu peut rester en ligne avec une déclaration adaptée. Dans le second, il ne peut plus être publié publiquement.

Les images générées par IA sont interdites sur les pages de projets

Sur les images, Modrinth adopte une règle beaucoup plus directe. Une illustration créée ou dérivée d’un résultat généré par IA ne peut plus être utilisée comme icône, bannière, image de galerie ou illustration dans la description d’un projet.

Cette règle s’applique même lorsqu’un projet reste par ailleurs autorisé parce que son créateur n’a utilisé l’IA que comme outil d’assistance. Modrinth sépare donc clairement le contenu du projet et la façon dont celui-ci est présenté sur la plateforme.

De nouvelles mentions pour mieux savoir ce que l’on télécharge

L’autre nouveauté importante dépasse largement le sujet de l’intelligence artificielle. Modrinth introduit un système standardisé de content disclosures, autrement dit des informations que le créateur doit afficher lorsqu’elles concernent son projet.

Les nouvelles mentions apparaissent directement dans les détails d’un projet afin d’informer les utilisateurs avant le téléchargement. Image : Modrinth.
  • Contenu généré par IA : avec des précisions possibles sur le code, les assets, le texte ou les fonctions concernées.
  • Publicité : pour les projets contenant des annonces, sponsorings ou promotions.
  • Fonctions payantes : lorsqu’un contenu ou une fonctionnalité peut être obtenu contre de l’argent réel.
  • Télémétrie : si le projet collecte des données, avec indication du type de consentement et des données récupérées.
  • Contenu dérivé : lorsqu’un projet est un fork ou reprend une partie importante d’une autre création.
  • Photosensibilité : pour prévenir de lumières clignotantes ou de motifs potentiellement dangereux pour certaines personnes.
  • Interactions externes : lorsque le projet lit ou modifie des éléments du système en dehors de Minecraft.
  • Projet archivé : ce statut devient lui aussi une information affichée dans ce système.

Pour la télémétrie, Modrinth distingue par exemple les systèmes opt-in, opt-out et ceux qui restent toujours actifs. Le créateur doit également préciser le type de données collectées. Pour un projet dérivé, il doit au minimum indiquer le nom du projet d’origine et fournir un lien lorsqu’il est disponible.

Les créateurs disposent d’un nouvel onglet pour déclarer l’utilisation de l’IA, la publicité, les fonctions payantes, la télémétrie et les autres caractéristiques concernées. Image : Modrinth.

Les utilisateurs pourront aussi filtrer ces projets

Ces mentions ne servent pas uniquement à informer sur la fiche d’un projet. Modrinth les intègre également à ses filtres de recherche avancés. Un utilisateur peut ainsi demander à ne pas voir les projets contenant certains types de contenus ou de comportements.

Les utilisateurs peuvent exclure de leurs recherches les projets portant certaines mentions, dont ceux signalant du contenu généré par IA. Image : Modrinth.

Le choix est mémorisé dans le navigateur afin de ne pas devoir refaire la configuration à chaque recherche. Modrinth ajoute toutefois une réserve pour la photosensibilité : l’absence d’un avertissement ne garantit pas qu’un projet soit sans risque, puisque cette information dépend notamment de ce qui a été déclaré.

45 jours pour mettre les projets en conformité

Modrinth ne va pas appliquer immédiatement toutes ces règles aux milliers de projets déjà présents. Une période de transition de 45 jours est prévue, jusqu’au 27 septembre 2026.

Pendant cette période, les signalements pour absence de déclaration ou violation de la nouvelle politique sur l’IA ne seront pas acceptés. Les créateurs doivent profiter de ce délai pour compléter leurs informations ou retirer les projets qui ne respectent plus les règles.

Modrinth demande aussi d’éviter toute chasse aux sorcières. La plateforme précise que les nouvelles mentions doivent servir à informer les utilisateurs, pas à cibler ou harceler les créateurs. Elle annonce des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion définitive de la plateforme et de son Discord en cas de harcèlement.

Modrinth interdit aussi l’entraînement d’IA avec ses données

La plateforme profite de cette annonce pour modifier légèrement ses conditions d’utilisation. Il est désormais explicitement interdit d’utiliser les données, contenus ou matériaux disponibles sur Modrinth pour entraîner, développer ou améliorer un modèle d’intelligence artificielle ou de machine learning.

Cette modification est indépendante des règles imposées aux créateurs. Elle concerne cette fois l’utilisation des données hébergées par Modrinth par des acteurs extérieurs qui souhaiteraient les exploiter pour entraîner leurs propres modèles.

Conclusion

La partie la plus intéressante de cette annonce n’est peut-être pas l’interdiction des projets presque entièrement générés par IA, mais le nouveau système de déclarations. Pour un joueur, savoir avant le téléchargement qu’un mod collecte des données, contient des achats, repose en partie sur de l’IA ou dérive d’un autre projet apporte une information qui était jusque-là dispersée dans les descriptions — quand elle était indiquée.

La position de Modrinth reste également moins radicale qu’une interdiction totale des outils génératifs. Une assistance ponctuelle reste possible. Cela laisse de la place aux créateurs qui utilisent ces outils comme une aide, tout en essayant d’empêcher la publication en série de projets dont la contribution humaine devient marginale.

La difficulté viendra probablement de l’application. Les règles parlent d’une part « substantielle » du code, d’un projet « principalement » généré ou d’une contribution humaine « significative », sans donner de seuil chiffré. Ces notions devront donc être appréciées au cas par cas par la modération. La cohérence des décisions sera importante pour que les créateurs sachent précisément où se situe la limite.

Il faudra donc surtout observer ce qui se passera après le 27 septembre, lorsque la période de transition sera terminée et que les nouvelles règles commenceront réellement à être signalées et appliquées à grande échelle.